Churchill a dit que la démocratie est le pire des systèmes, hormis tous les autres que nous ayons déjà essayés. Cependant, rien ne nous empêche de continuer d’essayer.

Prologue
Je n’ai jamais gagné mes élections. Pas au fédéral, pas au provincial, même pas au municipal.
Drôle de terme quand même : Gagner ses élections.
Ça implique qu’il y a des gagnants et des perdants, et donc que certains auront ce qu’ils veulent, et pas d’autres. Techniquement, tout le monde ne peut pas avoir ce qu’il veut, mais on ne parle pas ici de voter des lois, mais de choisir qui les votera en notre nom pour les années à venir. C’est “Winner takes all” (le gagnant remporte tout), l’enjeu est immense.
Statistiquement, on ne peut même pas dire qu’une majorité d’entre nous a donné son appui à nos élus. Et même ces gens n’auront pas nécessairement ce pour quoi ils ont voté. Même en admettant qu’un parti respecte scrupuleusement son programme électoral, ce qui n’arrive déjà jamais, ce programme est truffé de mesures qu’il fallait accepter en bloc, et donc les chances qu’un électeur, ou même un Ministre du parti au pouvoir, soit en accord avec l’entièreté du projet, leur paraissent acceptables sont infinitésimales.
Rien ne pourra jamais se faire à la satisfaction de tous. Mais si nul n’est tenu à la perfection, je suis tout de même d’avis que l’humanité bénéficierait grandement à réaliser son potentiel pour faire mieux. Selon moi, un changement du mode de scrutin, même si souhaitable, n’attaquerait pas le problème à sa racine.
Au moment où j’écris ces lignes, des humains sont privés d’eau, de nourriture, d’électricité, et de sécurité, car on les juge directement responsables des actions de leur gouvernement, lequel a été élu à une époque où la majorité des victimes aujourd’hui dénombrées n’avaient même pas encore le droit de vote. Si je dois un jour payer de ma vie pour les actions de mon gouvernement, ne suis-je pas en droit d’exiger d’avoir un pouvoir proportionnel au risque que mon gouvernement puisse attirer des bombes sur ma famille ?
Mais c’est qui lui ?
Je m’appelle Frank Malenfant. Cela fera bientôt 12 années que je tourne et retourne cette question dans ma tête. J’ai participé à des assemblées utilisant des modèles alternatifs de délibération démocratique, j’ai avalé des dizaines de livres sur ce sujet, j’ai même dirigé un tiers parti politique qui, à cette époque, a expérimenté une façon radicalement différente de penser la prise de décision démocratique sur les bases de structures imaginées et éprouvées par des générations de militants pour les libertés civiles avant nous.
Malgré une triste tournure des évènements ayant causé la fin de l’expérience, celle-ci a permis de faire progresser ma réflexion et ma compréhension des dynamiques de l’organisation humaine à grande vitesse. Il n’y a rien de mieux que la pratique pour tester les limites des théories, pour identifier rapidement, et pour apprendre de ces erreurs.
Le développement itératif rapide est ce qui a fait le succès des plus grandes entreprises de notre époque. Mais est-ce possible de “Build fast”, sans “Break things” ? Oui et non. On peut cependant moduler l’enjeu en fonction du risque. On ne placerait pas des astronautes dans une fusée qui n’est pas passée par toutes les phases de tests assurant un certain niveau de confiance.
Le projet DÉ-DÉ
Ce n’est pas un hasard si j’ai choisi le mot “Horizontal” dans le nom de mon blogue. Je crois en une forme plutôt radicale de démocratie. Je crois en l’auto-organisation. Je crois qu’une société à l’économie développée capable de s’offrir un système d’éducation et des structures juridiques et politiques stables doivent aspirer à mettre cette prospérité au service de la société qui a participé à la rendre possible.
Je ne suis cependant pas un anarchiste, ni non plus un communiste. DÉ-DÉ, c’est pour DÉmocratie DÉlibérative. Derrière ces mots se cachent beaucoup trop d’expériences, de réflexions, de lectures et de nouveaux concepts pour que je les expose en un seul billet de blog. Mais j’aspire à développer tout ce contenu publiquement, en interaction avec vos commentaires, et à développer encore davantage cette réflexion de la façon la plus collaborative possible.
Voici donc comment j’imagine procéder pour l’instant : Suite à ce billet initial, je compte diviser chacun des autres publications du Projet DÉ-DÉ en petits blocs détaillant un concept. Grâce à la magie du Web, je pourrai alors utiliser des hyperliens permettant progressivement de relier chacun des concepts les uns aux autres dans une toile qui, je l’espère, deviendra un outil de documentation, de pédagogie, et surtout de réflexion pour continuer à faire progresser chacun des concepts.
Pour faire avancer ces concepts encore plus rapidement, je souhaite terminer chaque billet avec une série de questions qui sont soulevées, soit par moi, soit à travers les commentaires, par le présent billet. Ces questions seront la matière première qui alimentera les billets suivants dans l’objectif de couvrir un maximum d’angles et de cibler des opportunités d’amélioration.
Cela implique aussi que certains billets devront être amendés au fil du temps. Je souhaite que ces amendements soient bien visibles afin de témoigner du caractère itératif et participatif de la démarche.
Dans mes rêves les plus fous, le projet DÉ-DÉ se destine donc à revenir non seulement un Wiki en bonne et due forme, mais aussi une plateforme expérimentale de délibération démocratique en accès libre qui permettra d’abord de mettre à l’épreuve la théorie pour tester nos hypothèses, et par la suite de permettre à ces structures innovantes de faire leur entrée dans la façon dont nos sociétés organisent leurs commités, organismes, et pourquoi pas leurs entreprises, leurs villes, et des pans entiers de nos sociétés ?
Le progrès des institutions démocratiques n’est pas une entreprise facile. Mais je crois fermement qu’il y a encore beaucoup de potentiel à développer au-delà des institutions politiques que nous connaissons présentement. Les institutions dont nous nous sommes dotées sont toujours à l’image et au service des principes de ceux qui les ont imaginées. Et c’est pourquoi une réelle démocratie ne peut être construite que par la collaboration et la délibération d’une société toute entière. On ne peut pas aspirer à un système qui peut prétendre parler au nom d’un peuple sans que ce peuple en entier ait un droit égal de s’y exprimer.
Mais comment peut-on conjuguer l’égalité politique des individus dans un monde dans lequel tout le monde ne sera jamais d’accord sur tout ?
Peut-être d’abord faudrait-il cesser de penser en termes de confrontation où on gagne ou perd son élection. Peut-on penser un système qui ne produit pas des incitatifs à nous regrouper autour de la portion de la proposition qui nous divise, mais plutôt à chercher en elle la portion qui nous unit pour en faire un premier pas ? Et si on se donnait la liberté de changer d’avis ? Et si une idée qui échoue en pratique n’était pas ressentie comme un échec moral où s’obstinent nos égos ? Et si l’approche démocratique empruntait davantage à l’approche scientifique dans sa recherche de ce qui fonctionne vraiment ?
Questions ?
Comment peut-on conjuguer l’égalité politique des individus dans un monde dans lequel tout le monde ne sera jamais d’accord sur tout ?
Qu’est-ce qui se fait déjà ? Qu’est-ce qu’on peut en apprendre ?
Je vous invite à participer à la discussion dans les commentaires sous cette publication ou sur Mastodon en utilisant le mot-clic #ProjetDÉDÉ. Vos questions seront ajoutées à la suite du bloc précédent. Ce projet ayant comme mission principale de tendre vers une culture de délibération démocratique inclusive, constructive et collaborative, tout commentaire non constructif ou formulé de façon à décourager la participation d'autres concitoyens pourra faire l'objet de modération.
Il n'y a pas de parole libre qui puisse s'articuler autour d'une liberté à faire taire les autres. C'est le paradoxe de la tolérance.
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