LE PRAGMATISME, le vrai.

La démagogie est vieille comme la démocratie. Comme le cancer qui la ronge. Quels traitements pour un monde libre et ouvert ?

Il va sans dire que nos systèmes politiques et économiques montrent des signes d’usure. Crise de confiance envers les gouvernements, les partis et les politiciens ; temps de réaction trop lents face aux nouvelles technologies ; conflit d’intérêts entre les intérêts des classes dominantes et ceux de la majorité ; polarisation, démagogie, individualisme, ressentiment, inflation, corruption, écarts de richesse… On pourrait ventiler longtemps.

Or, remettre en question ces systèmes qui ont permis à nos sociétés de faire tant d’avancées jusqu’ici n’est pas sans périls ; Notamment celui de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain. Une représentation manichéenne tend à radicaliser l’espace des solutions : capitalisme contre communisme, démocratie contre autocratie, gauche contre droite, liberté contre autorité… Il est tout aussi dangereux de suspendre tout esprit critique face au dogme de son choix qu’il peut l’être de le rejeter en bloc pour embrasser sans plus de nuances son extrême opposé.

Et c’est là que semble s’enliser le débat d’urgence qui se tient actuellement face à la crise existentielle à laquelle fait face notre civilisation.

Doit-on rejeter en bloc le capitalisme, ou excuser naïvement tous ses excès ?

Doit-on réduire à néant toute l’autorité gouvernementale, ou élire enfin le dictateur qui promet d’envoyer nos opposants aux camps de travail ?

Doit-on vénérer les milliardaires comme les nouveaux Rois de droit divin, ou leur faire subir notre version de la Révolution française ?

Si, depuis le départ, je fais exprès de traiter en parallèle plusieurs questions, ce n’est que pour souligner le bruit ambiant qui, en plus de nous cantonner dans des extrêmes binaires, divise notre attention encore d’avantage et limite notre capacité à trouver par quel bout aborder le problème.

Il est acquis pour moi que la racine de tout problème comme de toute solution réside dans les fondements du pouvoir politique. La méthode simpliste consiste donc plus plusieurs à se ranger derrière une figure d’autorité radicale qui invoque le “Gros bon sens” pour justifier des solutions simplistes et démagogiques, et l’urgence pour mettre à mal les contre-pouvoirs démocratiques qui limiteraient son pouvoir de les mettre en place.

Et si je vous disais qu’il serait possible à la fois d’avancer vers plus de démocratie et d’avancer plus vite face aux enjeux ? Et s’il était possible d’enrichir le libre marché des idées de nos sociétés démocratiques par l’ajout de mécanismes capables de trier l’utopique et le réaliste ?

Et si j’arguais encore une fois, mais sous un nouvel angle, que les partis politiques nuisent non seulement à l’atteinte de meilleures politiques publiques, mais qu’il serait possible de limiter l’emprise de l’idéologie sans brimer les libertés démocratiques ?

Utilisons un exemple pour illustrer mon point : la crise du logement.

Cette crise est multifactorielle. Ses racines se creusent dans des intérêts opposant diverses générations, classes économiques et idéologiques politiques.

Sur ce sujet comme bien d’autres, les données et études sont nombreuses, et l’histoire foisonne d’expériences plus ou moins réussies. Toute cette expérience et ce savoir ne percent pas le voile de la propagande des intérêts partisans, du “Gros bon sens” qui prétend tout savoir sans n’avoir rien lu ni essayé, et du biais de confirmation constant qui trie ces fragments de réalité pour n’en conserver que ceux qui confortent ses intérêts.

Cependant, personne ne voudrait abdiquer son pouvoir politique à une scientocratie où un processus complexe et opaque mènerait à des décisions contre-intuitives pour servir un bien commun intangible. Est-ce dire que le prix à payer pour nos libertés politiques sont ces dialogues de sourds où la raison n’a sa place que pour conforter des émotions ?

Peut-être pas… mais il faudrait cesser de concevoir notre démocratie comme une joute sportive où les victoires des uns sont systématiquement les défaites des autres : Il faudrait remplacer nos débats par des délibérations et nos solutions préfabriquées par des principes qu’on souhaite servir. Au lieu de chercher à gagner le débat, ne vaudrait-il mieux pas plutôt chercher à trouver la meilleure façon de le résoudre ?

Et c’est là que pourrait se faire la fusion entre la démocratie et la méthode scientifique :

Et si on abordait d’abord le problème par une revue de la littérature scientifique sur la question ?

Et si on identifiait d’abord les zones d’ombre qu’il nous reste à éclairer pour comprendre ce qui fonctionnerait vraiment ?

Plutôt que de se battre pendant une décennie pour savoir quel parti pourra utiliser son pouvoir absolu pour imposer sa solution à tout le monde, il serait beaucoup plus rapide de se baser sur ces informations pour définir un projet qu’on va essayer. Pour éviter que ces essais finissent comme tant de bons projets pilotes qui sont morts au feuilleton, ces solutions en gestations devraient être adoptées avec un processus de suivi et de révision clair et défini dans le temps, ainsi qu’avec une certaine idée des étapes suivantes à franchir selon que l’expérience a atteint ou non ses objectifs prédéfinis.

Cesser de penser en absolus, c’est avoir l’humilité d’ajuster ou d’abandonner une idée si elle ne se déroule pas comme prévu ; C’est la bonne foi de donner à ses projets les moyens de leurs ambitions ; C’est l’imputabilité et la transparence de communiquer des objectifs clairs, et de prendre la responsabilité entière des succès comme des échecs.

Sans oublier que ce serait fiscalement beaucoup plus efficace. Comment peut-on avoir autant d’élus, de politiciens, de fonctionnaires, de scientifiques, et d’autres experts et gaspiller une si grande partie de ses ressources en guerres idéologiques quand on pourra juste s’entendre sur comment on peut savoir ce qui fonctionne, et ce qui ne fonctionne pas ?

Est pragmatique ce qui se concentre sur ce qui fonctionne réellement. Mais qui fonctionne comment ? Politiquement pour se faire réélire, ou pour régler vraiment le problème ? Le système électoral concentre nos énergies sur des confrontations idéologiques souvent toxiques où chaque camp profite de l’absence d’une solution claire qui mettrait fin au débat.

Tout comme on ne s’obstine plus pendant des jours sur une information qu’on peut rechercher sur Internet, presque tout aujourd’hui peut être simulé ou mis à l’épreuve d’une façon ou d’une autre. Encore faut-il avoir intérêt à régler la question avant la prochaine élection, et l’humilité d’admettre que nos opinions sont moins fortes que les faits.

Comme notre société nous a bien conditionné à nous opposer plutôt qu’à collaborer, des objections et cas limites vous soient nous viendrons en tête bien avant les idées constructives qui feraient grandir cette réflexion plutôt que de la tuer dans l’œuf. Je vous prierais, par respect pour l’effort que j’ai fait à proposer ainsi une idée constructive, de bien vouloir faire de même dans vos commentaires.

On ne change pas de paradigme sans faire au moins un petit effort.

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