Il faut tirer des leçons du présent. Il faut aussi voir en ce présent les leçons que l’on n’a pas su tirer du passé. Par où reprendre l’espoir et sauver notre espèce ?
Si vous êtes préoccupés comme moi par l’impact du retour de balancier populiste conservateur actuel sur le climat et l’avenir de notre écosystème, vous flirtez, ou avez probablement flirté avec le nihilisme dernièrement.
Il peut sembler que notre espèce n’a pas la maturité émotive d’accepter le consensus scientifique autour de notre responsabilité face au climat qui supporte la vie sur Terre, et d’accepter les sacrifices que cette responsabilité implique. Il est alors tentant d’accepter l’échec de notre civilisation, et de s’avouer vaincus face à un défi qui est au-delà de nos limitations.
Comme le disait si justement le Capitaine Charles Patenaude face à l’échec de sa quête pour trouver une nouvelle planète pour les milliards de tatas que nous sommes : « L’Homme est un singe avec des clés d’char. » Cette phrase résonne dans mon crâne depuis qu’elle y est entrée. Peut-être a-t-il raison. Peut-être que l’hubris ne réside pas seulement dans le concept d’une croissance infinie. Peut-être qu’elle réside aussi dans notre croyance qu’un pourrait se sauver de nous-mêmes.
Mais si nous sommes des singes, et que notre subsistance dépend de notre écosystème, c’est que nous avons hérité de notre évolution un instinct de survie qui devrait nous motiver à sauver notre espèce. N’est-ce pas ?

Malheureusement, nous n’avons pas évolué pour nous protéger des menaces abstraites et graduelles comme les changements climatiques. Alors il faudra chercher ailleurs. Si l’instinct de survie allait nous sauver, nous n’en serions pas rendus à une COP29 ou les invités arrivent en jet privé.
Une force irrésistible
Face à la force irrésistible qui nous mène au précipice, il importe de comprendre les mécanismes qui pourraient servir à renverser la tendance.
Je ne crois pas que l’humain, à l’état sauvage, s’inventerait le besoin de travailler la moitié de sa vie pour posséder plus d’espace et de ressources dont il a besoin. Comme tout autre animal, notre instinct serait plutôt d’assurer notre survie, puis d’aller faire une sieste. En cela, mon chat a très bien compris la vie.

Mais qu’est-ce alors qui a détourné nos instincts naturels pour nous condamner au 8 à 5, et à la culture du surmenage ? Surtout, pourrait-on maîtriser ce pouvoir pour nous en libérer ?
Si nos excès sont à ce point rattachés à notre identité que leur remise en question déclenche un réflexe aussi fortement conditionné, c’est qu’il existe une façon de conditionner des populations entières.
S’il existe un tel pouvoir, il réside entre les mains des structures qui en profitent. Et qui profite du fait que nous consacrons autant de temps et d’énergie à gagner une fraction du fruit de notre labeur pour nous acheter des objets dont la valeur réside dans le prestige d’avoir travaillé autant pour l’obtenir ?
À un moment dans notre histoire, les forgerons du monde ont atteint la capacité de production nécessaire pour répondre aux besoins de tous. Pourquoi alors n’ont-ils pas investi le reste de leur productivité dans leurs loisirs et le soin de leurs proches ? Surtout, comment ont-ils pu convaincre le reste du monde qu’ils avaient besoin de plus ?
Il ne peut y avoir de surconsommation sans une industrie complète dédiée à la création de besoins artificiels. Une industrie multi-milliardaire dont le seul produit est l’asservissement des travailleurs-consommateurs. L’exploitation des avancées en psychologie à des fins de conditionnement social massif et systématique.
Sur-produire pour sur-consommer, dans une spirale constante d’insatisfaction, d’accroissement des inégalités sociales, et de surexploitation des ressources limitées de notre écosystème.
Aujourd’hui, nous passons le plus clair de notre temps à fournir des données à des technologies payées trop cher de notre propre poche, afin qu’elles puissent nous exposer à un maximum de publicité, même si cela doit se faire au détriment de notre productivité, de notre santé mentale, de nos démocraties.
La question qui tue
Alors, voulez-vous bien me dire pourquoi l’idée de bannir, ou même juste de surtaxer, la publicité pour les produits polluants fait l’objet de controverses ?
Surtout, pourquoi ne sommes-nous pas en train d’investir massivement dans cette industrie de conditionnement social dangereusement efficace pour promouvoir une culture et des comportements qui soient plus sains pour notre planète, et pour notre bien-être collectif et individuel ?
Quels sont les leviers dans notre cerveau qui font croire à quelqu’un qu’il a besoin de dépenser l’équivalent de plusieurs mois de salaire en trop sur un véhicule ou une maison dont la taille et les caractéristiques dépassent largement ses besoins objectifs ? Et à quoi sert une industrie qui serait incapable de survivre sans promouvoir des comportements nocifs et irrationnels ?
Pourquoi c’est important ?
Si vous avez suivi l’actualité des derniers mois, vous savez qu’il n’existe pas de façon directe de souligner un biais ou un conditionnement sans paraître condescendant et déclencher un retour de balancier nocif.
Peu importe ce que dira la science. Peu importe l’impact extraordinaire qu’une mesure a réussi à avoir dans une ville ou un pays à travers le monde. Rien ne sera jamais implanté démocratiquement et durablement dans une société sans faire l’objet d’un relatif consensus dans l’opinion publique. C’est le fameux concept de la fenêtre d’Overton.
Il ne suffit pas qu’un parti politique en voie d’accéder au pouvoir supporte une mesure. Cela n’empêchera pas le prochain parti au pouvoir de faire campagne contre ces mesures, et d’annuler le travail amorcé une fois arrivé au pouvoir.
Les mesures nécessaires ne sont pas ponctuelles, et doivent donc bénéficier d’un tel appui dans l’opinion publique qu’il faille plus de capital politique pour s’y opposer que pour l’implanter. Et ça, aucune campagne électorale n’y arrivera. Il est démontré que la partisanerie politique empêche l’évaluation rationnelle des mesures politiques, et que les électeurs vont souvent appuyer ou s’opposer à une idée selon leur affinité avec le parti qui la défend. C’est une des nombreuses raisons qui font des partis politiques des ennemis de la démocratie, mais ce n’est pas le sujet de ce billet.
Il n’existe pas 56 outils capables d’induire efficacement de nouvelles aspirations dans la tête d’une société, et cela doit se faire en dehors de la politique partisane, et donc en amont.
Cette idée, c’est celle du Marketing social. Le détournement des outils que le capitalisme utilise pour promouvoir des comportements pathologiques afin de promouvoir à sa place une culture et des comportements plus sains.
Il est inconfortable d’envisager de fournir les moyens à des entités capables de nous manipuler aussi efficacement le pouvoir de choisir les comportements qui seraient sains, et le contexte ou cela doit se faire en dehors de la fenêtre d’overton implique qu’une gestion purement démocratique serait une option paradoxale. Mais ces inquiétudes, bien que valides et dignes de réflexion, ne doivent pas nous distraire du fait que ce pouvoir est déjà utilisé massivement contre nous par des entités privées, souvent étrangères, contre lesquelles nous n’avons absolument aucun contre pouvoir.
D’ailleurs il y a fort à parier qu’un mouvement visant à les priver de ces outils de contrôle social ferait face à cette même technologie de manipulation pour l’en dissuader.
Il n’existe malheureusement aucune façon de se sortir du trou que nous avons creusé sans commencer la bataille dans une position désavantageuse. Cependant il importe de cibler correctement le premier barreau de l’échelle qui nous sortira du trou, et il m’apparaît logique qu’il nécessite un financement collectif et militants de campagnes de Marketing social visant à sensibiliser les gens sur l’importance de réguler la publicité de façon beaucoup plus stricte.
Ce n’est que lorsqu’on aura commencé à rétablir les rapports de force autour de la communication politique en faveur de l’intérêt général qu’il sera possible d’avoir une offre politique qui travaille en ce sens.
J’aurais souhaité terminer ce billet en vous partageant des liens vers des organismes qui travaillent à cette noble cause, car je suis convaincu qu’il en existe. Malheureusement, je n’en ai pas trouvé dans mes recherches ce matin. Si vous connaissez un organisme que je pourrais présenter ici, n’hésitez pas à me le faire savoir. J’ajouterai les liens à la suite de ce billet.
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